Collection
La DB6 fait peau neuve, et retrouve sa teinte
Ce que contient cette page (8 sections)
- Pourquoi je démonte avant de choisir la couleur ?
- Refaire ou reteinter : comment je tranche
- Ce qu’on ne fait pas sur une voiture comme celle-ci
- Vous avez une ancienne dont les sièges fatiguent ?
- Combien coûte la réfection de sièges cuir ?
- Sur une voiture de collection, ce qu’on garde compte autant
- Le cuir d’une ancienne ne se traite pas comme un cuir moderne
- Combien de temps, et dans quel ordre ?
Le résumé, si vous êtes pressé
Une Aston Martin DB6 reçue à l'atelier pour une rénovation de sièges. Le cuir abîmé a été retiré, ce qui a permis de retrouver la teinte exacte d'origine, puis la pièce a été reproduite à l'identique.
Pour terminer cette année 2023, j’ai reçu une Aston Martin DB6 pour une rénovation de sièges.
L’occasion de mettre en lumière le travail du cuir et des matériaux haut de gamme. Les sièges ont été démontés, puis le cuir abîmé retiré, ce qui m’a permis de retrouver la teinte exacte. J’ai ensuite pu reproduire la pièce à l’identique, pour le plus grand bonheur de son propriétaire.
Pourquoi je démonte avant de choisir la couleur ?
C’est le point que les propriétaires découvrent souvent en cours de chantier : la teinte d’origine ne se lit pas sur la surface visible. Elle a passé au soleil pendant cinquante ans. La vraie couleur est sous les coutures et côté envers, là où le cuir n’a jamais été exposé.
Sur une voiture de cette valeur, il n’est pas question d’approcher la teinte : il faut la retrouver, puis reproduire les découpes et les coutures à l’identique. Une modification, même bien faite, se voit et se paie à la revente.
Refaire ou reteinter : comment je tranche
C’est la première question sur n’importe quel cuir ancien, et la réponse n’est pas la même selon les pièces d’un même siège.
Un cuir qui a perdu sa couleur mais qui tient encore, qui n’est ni craquelé ni déchiré, n’a aucune raison d’être remplacé.
Il se nourrit avec une crème, je laisse pénétrer, puis une recoloration lui rend une teinte uniforme. C’est moins cher, et le résultat est plus juste : je garde la patine et les plis d’usage, qui sont précisément ce qui donne son âge à une voiture.
Un cuir dont la fleur est partie, dont les coutures ont lâché ou qui s’est déchiré aux points d’appui, lui, se refait. Là, je démonte, je me sers de l’ancienne coiffe comme gabarit, je découpe et je couds à l’identique.
Sur une même voiture, les deux cohabitent souvent : les assises avant prennent tout, elles se refont ; les dossiers et la banquette arrière ont beaucoup moins servi, ils se nourrissent et se reteintent.
C’est exactement ce que j’ai fait sur cette Audi S3 8L, et le rendu est homogène.
Ce qu’on ne fait pas sur une voiture comme celle-ci
Sur une DB6, la tentation est de « faire mieux » que l’origine. Surpiqûres contrastées, mousses plus épaisses, cuir plus brillant : tout est faisable, et tout est une erreur.
Une voiture de cette valeur se vend sur sa conformité. Un intérieur modernisé, même très bien exécuté, se voit immédiatement et fait baisser le prix. Mon travail, ici, n’est pas d’imprimer un style : c’est de rendre la voiture telle qu’elle est sortie d’usine, avec des matières d’aujourd’hui.
Concrètement, ça veut dire reprendre les mêmes découpes, le même pas de couture, la même teinte, et résister à l’envie d’ajouter quoi que ce soit.
Vous avez une ancienne dont les sièges fatiguent ?
Envoyez-moi des photos des assises et des dossiers, de près. Je vous dis ce qui se nourrit et se reteinte, et ce qui doit être refait. Je réponds sous 24 heures.
Combien coûte la réfection de sièges cuir ?
Un siège complet revient entre 1 080 et 1 440 € TTC, soit 900 à 1 200 € hors taxes, quand il s’agit de refaire la coiffe sur une structure saine.
Sur une voiture de ce niveau, le chiffre monte facilement. Le cuir demande plus de préparation, les coutures sont plus visibles, et la moindre approximation se voit à un mètre.
Une réparation localisée, elle, reste accessible : 360 à 420 € TTC pour reprendre une déchirure ou une usure ponctuelle, quand le reste de la coiffe est encore bon.
Sur une voiture de collection, ce qu’on garde compte autant
C’est le principe que j’applique sur toutes les anciennes : on ne remplace que ce qui est mort.
La structure, les mousses saines, les pièces d’origine restent. Sur un véhicule de collection, chaque pièce d’origine conservée compte, et un habitacle entièrement refait à neuf peut même desservir la voiture.
L’intérieur complet existe si vous le voulez, à partir de 3 600 € TTC et jusqu’à 7 200 à 8 400 € selon la matière et le nombre de pièces. Mais je ne le propose pas par défaut.
On regarde ensemble ce qui mérite d’être repris, et on laisse le reste tranquille.
Le cuir d’une ancienne ne se traite pas comme un cuir moderne
C’est la première chose que je regarde sur une voiture de cet âge. Un cuir d’époque n’a ni la même épaisseur, ni le même tannage, ni le même comportement qu’un cuir de voiture récente.
Il travaille davantage. Il se patine, il se marque, et cette patine fait partie de la valeur du véhicule. Un cuir neuf posé partout peut donner une voiture qui a l’air fausse.
C’est pour ça que je regarde d’abord ce qui peut être conservé. Une assise morte et un dossier encore bon, ça se traite séparément, même si c’est plus long à faire.
Combien de temps, et dans quel ordre ?
Une réfection de sièges sur une ancienne se compte en semaines, pas en jours, et l’essentiel du temps ne se voit pas.
Le démontage se fait avec précaution : les agrafes d’origine, les jonc, les fixations n’ont pas été prévus pour être ouverts cinquante ans plus tard.
Puis vient la coupe, à partir des pièces déposées qui servent de patron. C’est la seule façon d’obtenir des coiffes qui tombent juste sur une structure qui a, elle aussi, un peu bougé.
Et la couture en dernier. Sur une voiture de ce niveau, le fil, le pas de couture et le passepoil comptent autant que la matière.
⚠️ Sur ce genre de voiture, je ne chiffre jamais sans avoir vu. Deux exemplaires du même modèle, au même kilométrage, peuvent demander du simple au double selon la façon dont ils ont été garés et entretenus.
Le détail de mon travail sur les anciennes est sur la page véhicules de collection. Pour d’autres chantiers de collection, il y a le changement de capote de cette Mercedes R107 et la sellerie complète d’une BMW 528 dans son jus, où la question de la teinte d’origine s’est posée exactement de la même façon.
Le chantier en vidéo
Les questions que l’on me pose
Comment restaurer des sièges en cuir de voiture ?
Tout dépend de l'état du cuir, et les deux cas cohabitent souvent sur une même voiture. Un cuir qui a perdu sa couleur mais qui tient encore se nourrit puis se reteinte. Un cuir dont la fleur est partie ou dont les coutures ont lâché se refait, avec l'ancienne coiffe comme gabarit.
Comment raviver un cuir ancien ?
Une crème nourrissante, laissée pénétrer, puis une recoloration si la teinte a passé. Sur un cuir de soixante ans, c'est souvent suffisant pour les dossiers et la banquette arrière, qui ont beaucoup moins servi que les assises avant.
Combien coûte la rénovation d'un siège en cuir ?
Refaire un siège et le raviver, ce n'est pas le même budget : ça fait varier un devis du simple au triple. Je tranche siège par siège, après démontage, parce que c'est seulement là que je vois vraiment l'état du cuir.
Sur une ancienne, un prix ne se devine pas sur une photo de loin. Prenez les assises de près, coutures comprises.
Comment retrouve-t-on la teinte d'origine ?
En déposant le cuir abîmé. Sur les zones cachées, sous les coutures ou côté envers, la teinte n'a jamais vu le soleil : c'est là qu'on lit la couleur d'origine, pas sur la surface visible, qui a passé.